Last Action Hero – Méta blockbuster

Le genre : Blockbuster ultra référentiel avec les meilleures punchlines des années 90.
De quoi ça parle : D’un petit garçon, d’un ticket d’or, de tueur à gage, de héros et d’aventure et, surtout, de cinéma.
Pourquoi on en parle : Parce qu’Arnold Scharzenegger n’est jamais meilleur en tant que lui-même.

Vingt ans avant de finir en prisonJohn McTiernan n’a pas eu de chance. Pourtant, il aurait tout de même dû se douter qu’au box-office, rien ne pouvait terrasser les dinosaures de Jurassic Park. Pas même Arnold Schwarzenegger, monstre bodybuildé mais sacré du cinéma d’action, qui livrait ironiquement avec Last Action Hero la meilleure performance de sa carrière en jouant son propre rôle. Last Action Hero, c’est la rencontre provoquée entre La Rose Pourpre du Caire et L’Arme Fatale.  Ou, si vous préférez, entre Luigi Pirandello et le buddy movie: une union simple mais totalement déglinguée, et qui fait autant appel à la mémoire du cinéphile qu’à l’imagination du public profane.

Last Action Hero est, de bout en bout, une oeuvre dont la jubilation s’entretient au fil des visionnages. Le genre de film qui s’use jusqu’à ce que la pellicule elle-même n’en puisse plus. Avec ses références cartoonesques, ses punchlines démentielles et croustillantes, et ses ressorts téléphonés mais d’un effet comique dévastateur, LAH revisite tous les codes du cinéma d’action avec un entrain si gaillard qu’il ne peut être communicatif.

Bien sûr, derrière tout cela, il y a une vague histoire. Une histoire de ticket magique. Un ticket d’or, confectionné par l’illustre magicien Harry Houdini himself et qu’un vieux projectionniste offre au petit Danny Madigan. Tout comme Cecilia (Mia Farrow) dans La Rose Pourpre du Caire, le quotidien de Danny est moribond. Dans un monde où les méchants peuvent gagner, le gamin solitaire, nourri au pop-corn et aux films virils d’Arnold Schwarzenegger, s’échappe via un grand écran que le flic Jack Slater ne cesse de pulvériser de toutes parts. Et son évasion est constante, même lors d’un cours de littérature anglaise où l’on projette à la classe l’adaptation d’Hamlet par Lawrence Olivier. Devant un cinéma trop désuet à son goût, Danny s’arrange alors pour fantasmer une vision de cette figure shakespearienne de la vengeance très personnelle:

Alors que le nouveau volet de Jack Slater est sur le point de sortir, ce fameux ticket d’or va devenir le passeport permettant à Danny, privilégié d’un soir assistant à une avant-première exclusive, de traverser l’écran. Et de devenir, pendant la moitié du film, l’improbable partenaire de Schwarzy. C’est la partie la plus savoureuse; Danny ne cessant de vouloir prouver au personnage de Jack Slater qu’il figure dans un univers ultra codifié où tout est fictif. On peut alors saluer le talent du scénariste Shane Black, à la fois respectueux et irrévérencieux, à vouloir décortiquer le mythe du héros pour mieux le réinventer. Ainsi, lorsque Danny décide d’emmener le personnage de Slater dans un vidéoclub pour lui montrer la filmographie de Schwarzenegger, et de fait prouver qu’il n’existe pas, le garçon tombera sur une affiche de Stallone jouant dans Terminator 2. Et lorsque que Danny voudra surenchérir avec l’argument que toutes les filles qu’ils croisent autour d’eux ne sont uniquement que des canons de beauté, Schwarzy rétorquera : « On est en Californie ici« .

On pourrait continuer des heures à vous parler de la pléthore d’acteurs venus jouer le jeu de la parodie (Anthony Quinn, Jean-Claude VanDamme, F. Murray Abraham…). On pourrait vous ressortir l’intégralité des répliques qui continuent de nous faire rire par leur débilité assumée (un fan en a d’ailleurs catalogué une partie ici). On pourrait même vous vendre la mise en scène énergique de John McTiernan et son découpage effréné. Mais le mieux que l’on puisse faire, ici, là, maintenant, c’est de vous conseiller de vous acheter un bon pack de six, de vous munir de plusieurs paquets de chips et d’inviter vos meilleurs copains. Fermez les volets, mettez le film et montez le son. Ne pas le faire de la sorte, et passer à côté de cette pièce montée de testostérone assumée, serait une monumentale erreur.

Metarédigé par
Jeoffroy Vincent

Crédit photo : Columbia/ Tristar PIctures.