Pacific Rim – La guerre des mondes

Le genre : Comme Transformers. Mais réalisé par Guillermo Del Toro.
De quoi ça parle:  De kaijus, de brèche inter-dimensionnelle près de l’océan Pacifique en août 2013, de robots géants, appelés les jaegers, et de deux pilotes dont les esprits sont reliés par un pont neuronal.
Pourquoi on en parle: Parce que, quelque part, c’est génial.

Pacific Rim, dernier né de l’esprit tortueux mais ô combien génial de Guillermo Del Toro, n’aurait pu être qu’un film de robots parmi d’autres, et venir grossir les rangs des films à gros budget et petit cerveau dont nous inonde chaque année la machine à blockbusters. Bien sûr, inutile de vous attendre à un film hautement contemplatif à la Into the Wild ni à des considérations de haute volée sur une grande cause contemporaine comme dans La Vie d’Adèle : nous restons tout de même dans une vision Hollywoodienne des choses;  vous savez dès les premières minutes quel camp va gagner et qui fera pencher la balance. Toutefois, ne jugez pas trop vite car Pacific Rim pourrait bien vous surprendre par ses petits atouts cachés (au cinéma comme au tarot, on ne dévoile pas ses atouts sous peine de se retrouver avec un score avoisinant les -600 points). Pacific Rim vous prend aux tripes et ne vous lâche plus, comme une colique mal placée mais avec les désagréments en moins. Musique dramatique, effets spéciaux, personnages stéréotypés…tout y est pour que l’on retrouve là une bonne production américaine.

Mais s’il faut reconnaître deux choses aux Américains, c’est leur talent pour rendre les barbecues dantesques et transformer des scénarios simplistes en films qui déchirent. Pacific Rim affiche en effet un pitch de départ très simple : de grosses bêtes (les Kaijus) surgissent d’une faille dimensionnelle ouverte au fond du Pacifique (pratique pour la cohérence avec le titre), contraignant les Humains à construire des machines encore plus grosses (les Jaegers) pour les empêcher de détruire les villes côtières. Autant dire qu’il n’y a là que peu d’évolution depuis Godzilla. Pourtant, le rendu final, paré de toutes les fioritures habituelles (une relation père-fils conflictuelle, les liens entre les Héros de jadis et les jeunes d’aujourd’hui…), affiche une cohérence et une fluidité qui donnent à l’ensemble de l’histoire un rendu très sympathique, et qui nous conduit à nous attacher aux différents personnages. Bien sûr, les réflexions ne volent pas bien haut et les morales sous-tendant les différentes relations qui se tissent sont aussi discrètes qu’une Ferrari perdue dans un rassemblement de Fiat Panda. Mais pour qui apprécie ce genre de film, il y a matière à passer un moment palpitant devant les combats titanesques entre monstres de métal et monstres de chair. Les paysages des grandes cités humaines marquées par les incursions des Kaijus, ou reconstruites par-dessus leurs squelettes abandonnés là où ils sont tombés, permettent une réelle projection dans cet univers bien construit, et suffisamment proche du notre pour que l’on s’y immerge sans difficulté.

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Tcherno Alpha…Qualité 100% Russe…De la bombe (si l’on peut dire)
© Warner Bros

L’ensemble est servi par un jeu d’acteurs de très bon aloi (oui…bon aloi…un terme trop peu utilisé de nos jours). Les différents comédiens, tous crédibles dans leurs rôles, prennent visiblement du plaisir à jouer. Pour qui n’a pas jeté un œil au casting avant le film (comme moi), la présence de certains d’entre eux peut surprendre tant ils demeurent marqué s par un cadre particulier; c’est le cas pour Ron Perlman dont j’ai passé la moitié du film à me demander s’il avait caché sa moto rugissante dans les loges. Les personnages secondaires (qui sont toujours les plus importants comme chacun le sait) créent tout le sel du film. L’improbable duo de scientifiques loufoques et tapageurs apporte la dose de folie douce et drôle qui détend l’atmosphère, tout en apportant un élément concret à l’intrigue. De même, les équipages des Jaegers que l’on rencontre tout au long du film, même si leur but ultime est de se faire exploser la tronche afin de donner au sacrifice du héros (je ne vous ai rien spoilé, promis) juste ce qu’il faut de dramatique pour vous arracher une exaltation de triomphe lorsque vous l’accompagnez vers la conclusion (forcément) épique. Les Jaegers eux-mêmes sont suffisamment charismatiques pour que chacun ait son préféré, en se disant secrètement :

– Moi, j’aurais préféré Tcherno Alpha.
– Et moi Gipsy Danger avec son réacteur double cœur.
-Et moi…
-Et moi… 

– Allez tire mon doigt !
– C’est plus drôle chef, faudrait voir à sauver le monde maintenant.
© Warner Bros

Alors non, Pacific Rim ne révolutionne pas le genre. Non, il ne vous fera pas ressortir de votre séance de visionnage avec de nouvelles pensées sur telle ou telle réalité inhumaine du monde contemporain. Non, vous n’aurez pas besoin de traducteur pour comprendre ses répliques les plus philosophiques. Mais dans le monde surpeuplé des films de robots à TRES gros budget, il occupe une place dans le haut du tableau. Ce qui n’est pas donné à tout le monde. Là où les échecs monumentaux sont légions (ne citons que Battlefield et son final frisant l’absurde pour l’exemple), là où les films plus que médiocres se comptent par milliers, c’est bon d’en trouver un qui tienne la route. Alors pour une soirée où la pluie a gâché votre barbecue (américain, forcément) et où vous avez quelques canettes sous la main, ne réfléchissez pas. Pacific Rim est clairement une réussite.

Valou