Zoufris Maracas – La joie dans la douleur

Quand les hommes vivront d’amour,
Il n’y aura plus de misère,
Les soldats seront troubadours et nous, nous serons morts mon frère…
Félix Leclerc, Gilles Vigneaut et Robert Charlebois 

serveimageDifficile est le cap du deuxième album. Savoir se réinventer sans se répéter, tout en préservant ce qui a fait l’essence et l’identité du succès initial. Alors quelle solution adopter ? Chercher à tout prix la reconversion ? Le changement ? Ou prendre appui sur ses acquis pour mieux leur redonner de l’ampleur ?

Parfois, même ne rien faire peut donner l’impression de continuer à construire un édifice qui peut tout à fait tenir debout. Cette image, tout aussi symbolique fut-elle, sied parfaitement à Zoufris Maracas qui, depuis ses débuts, s’escrime à prôner les vertus de l’hédonisme dans un monde matérialiste qui court toujours trop vite après le profit. Pour avoir joué dans la rue, tâté du béton et mangé de la rame de métro à s’en écorcher les mains, les Zoufris savent d’où ils viennent. Leur famille est la même que celle de Zebda, Tryo, La Rue Kétanou ou Padam, avec Renaud comme figure tutélaire: celle où l’on chante pour dire des choses graves mais avec une imparable joie. Certes, pareil cocktail musical n’est pas nouveau mais il fait toujours son petit effet. Prison dorée, leur premier disque, se faisait déjà le garant salvateur, précieux, d’une musique ragaillardie qui dépressurisait allégrement une Hexagone cadenassée par la politique européenne. Le tout à grand renforts de sonorités africaines, caribéennes, mexicaines et autres contrées lointaines où l’on rêve de se poser. Après tout, il ne manquerait plus que la chanson pour vous remettre le nez dans ce que l’on connait déjà de nauséabond. Alors, forcément, dans un contexte où on vous étiquette de chanteurs engagés dès lors qu’on houspille un peu sur ce qui tracasse, irrite, énerve ou emporte, oui, les Zoufris Maracas se posent là. Frondeurs, ripailleurs et rigolards, en se frayant une belle place au soleil.

Le refrain n’est pas nouveau et l’air tristement connu : la compétitivité est un leurre qui ne sert que les uns qui, eux, font plier l’échine aux autres. Dans tout ce tableau, l’amour n’est pas forcément toujours une solution apaisée qui permet de sauver cette humanité fragmentée, bordée par des frontières qui n’ont plus assez de barrières pour éloigner les gens entre eux. Qui, de toutes façons, préféreront toujours leurs écrans plutôt que de s’emporter contre un contexte absurde qui ne devrait même pas exister. Il y a un peu de fatalité dans ce constat. D’aucuns diraient même, en écoutant ce deuxième album, que tout ceci n’est qu’un ramassis démago propre à faire débattre les petits bourgeois rêvant de bohème dans leur salon. Peut-être. Mais il y a des couleurs dans cette colère qui incitent à voir un peu plus loin que ce que l’on nous impose tous les jours. Et, dans cette grisaille qui tente sans cesse de s’installer durablement, il est bon de rappeler que l’on peut faire la nique à la morosité avec une bonne dose d’ironie, d’humour, de tendresse et de fraternité. Chienne de vie est donc plus qu’une confirmation des belles promesses qui animaient les Zoufris : c’est un album nécessaire parce qu’il porte haut cette volonté d’espérer en l’avenir de l’Homme. De toute façon, il n’y a que Lui pour se sauver…

Ossature lexicales, squelettes syntaxiques et autres improbables instruments de grammaire par
Jeoffroy Vincent

serveimageChienne de vie (Chapter Two/ Wagram).
Disponible depuis le 2 mars 2015. En écoute ici.

Le site officiel des Zoufris Maracas