The Sixth Gun (tome 7)- Redessiner le monde

the-sixth-gun-tome-7La fin d’une saga (littéraire ou non, peu importe) est toujours une problématique délicate: à la difficulté de la conclusion s’ajoute celle de donner un sort juste, équitable et cohérent aux personnages de fiction que l’on a créé à destination d’un public fidèle, patient, assidu. Attendu de pied ferme (du moins par l’auteur de ces lignes), totale réussite artistique déjouant le piège des résolutions précipitées, ce dernier volume offre une nouvelle occasion de remettre en lumière ce comics incroyable en tous points et, amplement, mérite une place choyée au sein de votre bibliothèque.

Entamée en 2010, envisagée comme une mini-série qui ne dépasserait pas la huitaine d’épisodes, The Sixth Gun est rapidement devenu un récit d’aventures passionnant, captivant, ludique et trépidant, capable de jongler adroitement avec de multiples références et univers tout en gardant une identité et un ton propre à lui-même. Au fil des pages, TSG est même devenu une interrogation poussée sur les notions de choix et de destin(s); la fin de la guerre de Sécession, contexte historique servant de point de départ au déroulé des évènements, aurait très pu n’être qu’un détail attrayant, fantaisiste, pour appuyer le rythme de l’action. Il n’en est rien. Au fur et à mesure des rebondissements, il devient essentiel. En effet, dans un pays aussi jeune que ne le sont les USA à l’époque où débute TSG, la guerre de Sécession marque une fracture – sanglante et barbare c’est une évidence- nette et foncièrement morale entre une part du pays qui entend préserver sa soi-disant suprématie raciale et une autre qui compte bien se battre pour une humaine équité. Cullen Bunn et Brian Hurtt ont donc l’intelligence de ne pas uniquement user du décor comme gimmick: à l’instar d’un pays entièrement à reconstruire, en superposant les univers, en croisant les créatures mythologiques et les êtres de chair et d’os, Bunn et Hurtt soulignent également que la reconstruction des USA à ce moment donné de l’Histoire marque la fin d’une époque où les avancées technologiques possédaient encore ce petit quelque chose de…fantastique.

Davantage qu’une variation supplémentaire autour de la lutte entre le Bien et le Mal (diantrement menée et rythmée au demeurant), c’est peut-être cet angle de lecture qui rend TSG aussi passionnant: cette adresse subtile, évidente mais soigneusement intelligente, avec laquelle l’Histoire s’allie à notre propre imaginaire. Tout en donnant à réfléchir – au travers d’un genre éminemment populaire – sur notre propre condition humaine. Peu de comics actuels peuvent se targuer d’une telle ambition tout en gardant une irréprochable modestie.

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(c)OniPress/Urban Comics

De manière générale, et depuis quelques tomes déjà, les aventures de Drake Sinclair et Betty Montcrief prenaient une tournure funèbre. On avait beau savoir que la série allait s’achever outre Atlantique (entendre par là qu’elle n’allait pas être inutilement prolongée pour des raisons commerciales), la Mort rôdait à chaque coin de pages. Cela n’empêche nullement ce dernier tome, le bien nommé Boot Hill*, de conjuguer une ultime fois tout ce qui fait le sel de la série (rebondissements, action tonitruante bouleversant la mise en page, ambiance fantastique, finesse psychologique) et de susciter – alors que la fin s’approche- l’envie de prolonger l’aventure. Pourtant, TSG se conclue. Bel et bien. Sans autre perspective pour le lecteur que celle de recommencer la lecture d’une série qui, outre ses extraordinaires qualités visuelles et narratives, aura attendu son terme pour nous illustrer sa poétique morale: raconter, ou lire un récit d’aventures, c’est avouer son envie profonde -utopiste diront certains- de redessiner le monde d’un ton plus juste.

the-sixth-gun-tome-7The Sixth Gun, tome 7 – Boot Hill 

(Collection Urban Indies, 280 pages)

Disponible depuis le 04 novembre 2016. 22 euros 50.

*: Terme désignant un cimetière de fortune où étaient enterrées toutes les personnes tuées « les bottes aux pieds » lors d’échanges de coup de feu.

hand-389120_960_720On en a parlé:

Les mystères de l’Ouest

Des flingues, des fantômes, et des hommes aussi

NB: Il va sans dire qu’il est impératif de vous procurer l’entièreté de cette série dorénavant terminée soit chez votre libraire préférée soit (si vous êtes timide et/ou misanthrope) via Urban Comics (loués soient-ils), le site de l’éditeur. Sur ce, la bonne année à vous.